Page:Mallarmé - Œuvres complètes, 1951.djvu/1298

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NOTES SUR LA TRANSCRIPTION DES NOMS DE LA MYTHOLOGIE CLASSIQUE* rave question que celle de la transcription des noms O propres dans la Mythologie Classique : elle concerne tous les noms propres antiques. Que deviendront-ils dans notre langue ? Le lexique de ces mots n’y présente à première vue que disparate et confusion. Le disparate est causé par ce premier fait que nombre est traduit, et nombre ne l’est pas. La confusion provient de ce que plusieurs sont mal traduits. Je comprends que, devant ce dernier fait particulièrement, on accepte le parti extrême qui consiste à rejeter toute traduction, quelle qu’elle soit, pour la remplacer par le nom original, même quand la langue étrangère dispose de caractères différents des nôtres ou que ceux-ci ne les rendent qu’avec quelque étrangeté. Oui, tel est le seul mode auquel on doive se conformer dans l’adaptation au parler français d’un chef-d’auvre de l’antiquité. Notre grand poète Leçon te de Lisle a tracé hardiment cette voie dans la traduction monumentale qu’il a entreprise des œuvres grecques; et je ne doute pas qu’il agisse de même le jour où il initiera notre public à toute la poésie de Rome. Ces mots non traduits gardent le charme de bijoux authentiques, dont un sculpteur enrichirait ses marbres purs. Mais le petit livre que l’on vient de parcourir suggère un devoir différent. Quel plaisir se mêle à notre surprise de voir des mythes connus lentement s’évaporer, par la magie même qu’implique l’analyse de la parole antique, en l’eau, la lumière ou le vent élémentaires! Or, si nous risquons à détruire chacune de ces personnalités anciennes qui, pour nous, consistent notamment dans l’effet familier que nous produit leur nom, la métamorphose à laquelle on veut assister sera, pour ainsi dire, commencée dès avant et ne causera pas toute l’impression attendue. Maintenant je crois (indépendamment d’une application de cette façon de voir au livre présent qui

  • Le Traducteur.