Page:Mallarmé - Œuvres complètes, 1951.djvu/995

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spoon, tea-cup. Tout diffère, dès qu’un trait-d’union (autre que tea-cup où il n’a, à proprement parler, qu’un rapport d’usage, analogue aux trois invoqués avant, rapports de lien de temps et de matière) réunit légitimement les deux mots; ou qu’ils se joignent, soit à l’aide d’une contraction, soit par l’intercalation d’une particule ou d’une désinence, soit par leur simple rapprochement, fait le plus ordinaire. Échantillons de cette composition diverse : avec contraction, STANDISH pour STAND DISH, TO DOFF OU TO DON polir TO DO off et to do on, newt pour an ewt, etc.; avec particule ou désinence, l’j possessif, par exemple, seul vestige que garde l’Anglais de la déclinaison saxonne, thur(s)day, monk(s)hood, land(is)man, brid(es)maid, etc. : et noter encore qu’on retrouve la préposition of dans o comme dans o’clock, ex. Jack-o-lantern, et même l’article, the, ex. will-o-the-wisp, enfin la préposition in, night-in-gale {chanteur dans la nuit). Cent exemples de simple rapprochement se présentent : n’en rejetons pas deux ou trois comme schoolmaster et methinks lequel fait bien metiiought, et shepherd qu’il faut lire shep herd, sans liaison, comme on dirait sheep herd. Ajoutés par l’instinct seul du langage, rien d’étonnant à ce que plusieurs mots perdent souvent quelque chose de leur sens primitif ou en changent totalement; et, par suite, l’orthographe elle-même disparaît. Moleskin, une sorte de toile cirée, signifie au fond peau de taupe; et merry-thougiit. I’oj du croupion, veut dire joyeuse pensée, à cause d’un jeu d'osselets; et selvagf. remplace selve f.dge, daisy, day’s eye, i.oad stone, lydien stone; sennight est pour seven nigiit, l’s du pluriel disparaissant comme dans fortnight pour fourteen nights, car le mot composé devient, en pareille occurrence, un tout massif et immuable, et reprenant le singulier d’un mot simple. La réduplication, pour appeler d’un terme savant une habitude enfantine, joue aussi un rôle visible dans les langues, en dehors de syllabes simples répétées comme papa et maman. Rappelez-vous, en Anglais, chit-chat, tittle-tattle, etc.; tantôt ce jeu admet une allitération véritable comme dans pick-nick, humdrum, etc. Cock-Robin et Shrove-Tuesday montrent que la composition des mots place un nom propre à côté d’un nom commun; mais quelqu’intérêt qu’offrent les exceptions et les singularités, ces dernières doivent le céder devant le tableau, régulier et emprunté à leur fonction grammaticale, des vocables faits pour s’allier entre eux : et Gray malkin, lui-même, nom shakespearien d’un chat fatidique, s’évanouit dans sa bizarrerie charmante sans avoir le temps presque de nous montrer que Malkin c’est Mary ou Marie corrompu, et gray, le mot gris, employé ici pour sale.