Page:Maman J. Girardin.pdf/166

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D'une voix peu encourageante elle lui cria: « C'est-y que vous prenez la maison pour une auberge? »

Tout bas, M. Pichon se dit: « Comme j'ai bien fait de ne pas annoncer ma visite; on aurait été tout sucre et tout miel et je n'aurais pas su la vérité. » Il répondit tout haut:

« Non, ma chère, non, je ne prends pas la maison pour une auberge, dans une auberge, on serait mieux reçu.

— Un tas de rôdeurs! » dit aigrement la jeune femme.

A l'idée d'être pris pour un rôdeur, M. Pichon ôta précipitamment sa blouse et mit en lumière les splendeurs de son costume de drap neuf.

En voyant son front scalpé, le poupon ouvrit d'abord de grands jeux, et ensuite se mit à crier:

« Mon petit filleul n'est pas aimable! dit M. Pichon d'un air désappointé.

— Votre filleul? s'écria la jeune femme en pressant son enfant contre sa poitrine. L'idée lui était venue subitement que cet homme était peut-être un voleur d'enfants.

« Mahut! » s'écria-t-elle en se précipitant vers une porte qui donnait sur la cour. Elle rentra suivie d'un homme à cheveux crépus, qui avait les bras nus et tenait à la main un gros marteau de forge.

« Qu'est-ce qu'il y a pour votre service? » demanda Mahut d'un ton rude et grossier.

M. Pichon, pétrifié d'horreur, regardait alternativement le forgaron, la femme, le petit enfant et sa malle.

« Mais, s'écria-t-il en se frappant le front, je ne suis donc pas ici chez Pichon le tonnelier?

— Vous êtes ici chez Mahut le forgeron, répondit l'homme crépu d'un ton un peu moins rude. Si vous aviez voulu trouver M. Pichon le tonnelier dans cette maison, il aurait fallu venir trois semaines plus tôt.

— Qu'est-ce qu'il est devenu? demanda M. Pichon, craignant quelque épouvantable catastrophe.

— Il a déménagé, voilà tout.

— Et pouvez-vous me dire où il reste maintenant?

— A trois portes d'ici, en remontant le faubourg; seulement c'est assez loin, parce que les maisons sont séparées par des cours, des