Page:Maman J. Girardin.pdf/27

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Ayant adressé un signe de tête au capitaine, comme pour confirmer ses propres paroles, Pichon s'occupa du service des dépêches.

« Voilà qui est fait, reprit-il en regrimpant sur son siège, l'Hôtel de la Poste est à deux pas; tenez, nous voilà arrivés; attention à votre tête en passant sous la voûte! »

La voûte franchie, la voiture se trouva dans une cour complètement déserte, ce qui surprit le capitaine; car dans toutes les petites villes et même dans tous les bourgs qu'il connaissait (et il en connaissait beaucoup), les flàneurs assistent toujours très volontiers au spectacle périodique et gratuit de l'arrivée de la diligence.

Pichon ne parut ni surpris ni scandalisé. Il descendit lestement de son siège et alla faire claquer son fouet devant la porte ouverte de l'écurie.

Un palefrenier, qui venait de faire un bon somme, arriva sans se presser, en se détirant les bras et en bâillant sans vergogne; il avait les yeux bouffis et les cheveux parsemés de brins de paille. Il adressa, en manière de bienvenue, un sourire languissant à M. Pichon, et se mit en devoir de dételer les chevaux.

Un gros chien apparut à son tour sur le seuil de l'écurie, bâilla profondément à plusieurs reprises, flaira sans curiosité le pantalon de l'étranger, se laissa caresser avec la plus parfaite indifférence, et, n'ayant point de chevaux à dételer, retourna se coucher en rond sur la paille.

Une servante de bonne mine, en tablier blanc, avec une serviette sur le bras gauche, s'avança de quelques pas dans la direction des voyageurs.

« Si quelqu'un dîne? » demanda-t-elle d'une voix chantante, sans s'adresser à personne en particulier. Trouvant sans doute qu'elle avait été suffisamment explicite, elle disparut, en traînant ses pieds dans des savates trop larges.

« Monsieur Pichon, dit le capitaine, en prenant M. Pichon à part, je suis très curieux de savoir quelle est votre idée sur tout ce qui se passe à la Silleraye. J'ai donc l'honneur de vous inviter à dîner avec moi. J'espère qu'on trouvera un petit coin où nous serons seuls et où nous pourrons causer à notre aise. Je vous connais assez maintenant pour savoir que vous n'aimeriez pas à faire vos confidences en pleine table d'hôte. C'est oui, n'est-ce pas? et il lui tendit la main.