Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/36

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dortoir… Quels étaient ces deux « nouveaux » ?

— Un certain Julien Dangel, que m’a présenté Fréminet : un joli blondin fade et pomponné, ce Dangel… Il m’a d’abord prise pour une poupée, et s’est étonné ensuite qu’il n’y eût pas que du son dans ma tête… Et puis, j’ai vu quelqu’un d’un peu plus notoire, amené par ton ami Landry. Devine ? L’hôte d’élection, qu’on est fier de recevoir, d’afficher… L’invité unique, l’oiseau rare…

— J’ai trouvé : un honnête homme, parions-le ?

— Oh ! non… Un grand homme, tout simplement. Léon Brochard, le fameux ministre, le célèbre polémiste dont tu m’as parlé si souvent… Ç’a diverti ma curiosité de le voir de près. Il a l’œil madré et le sourire canaille. Il doit être joliment roublard. Mais, n’importe : on n’a pas le temps de connaître les femmes quand on a passé sa vie à rouler les hommes. Son regard en vrille m’a fort mal jugée, puisque, après une heure de flirt, cet homme peu subtil a cru pouvoir m’inviter à l’aventure… Jusque-là, il m’avait paru supérieur, ce personnage omnipotent ; du coup, je fus refroidie, et je lui répondis : oui, pour punir d’une fausse espé-