Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/54

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noirs et légers, comme crayonnés au fusain autour de sa figure pâlotte… de grands yeux bleus, de la couleur des fleurs de lin que l’on cueille chez nous… C’est une enfant délicate et charmante, à la grâce frêle de liane… elle…

Graduellement, la voix de Julien s’est assourdie, tremblante, enrouée… Il se tait, tout à coup… Fichtre ! Il l’aime, cette Sylvie. Tiens ! Non, non, non !… Voici que, dans le miroir où se reflète l’entrée du boudoir derrière moi, je découvre la cause de cette émotion : peu à peu, tout en parlant, Julien s’est levé, s’est approché ; son regard subreptice glisse une œillade indiscrète par la porte entrebâillée… Il voit mes bras de nymphe étendant la ligne pure de leur longueur charnue ; mes seins arrondis, dont les pointes s’érigent comme deux fraises des bois… et les fines choses transparentes, dentelles, faveurs, entre-deux enrubannés, que Lucy pose avec des gestes précieux sur la gloire de ma nudité… Julien est cramoisi : il reste du Chérubin en l’âme de ce provincial. Il veut dire son amour pour Sylvie, mais c’est ma vue qui fait chevroter sa voix… Je croyais qu’il ne devait pas regarder les images…