Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/55

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Lorsque Lucy a fini d’enrouler autour de mon corps le nuage de crêpe de Chine qui m’enveloppe d’une spirale bleuâtre, je me retourne vers Julien sans paraître l’avoir aperçu au fond du miroir ; et je m’avance onduleuse, serpentine, sous ma tunique vaporeuse ; j’essaye sur lui la puissance de ma beauté ; l’éclat humide de mes prunelles claires, l’odeur un peu fauve de ma chevelure dorée… Attrape, jeune Tantale ! Cela t’apprendra à lorgner les fruits que tu ne peux pas cueillir… Nous revenons dans le grand salon.

Julien a des yeux trop brillants et des joues écarlates ; son teint de blond tourne au ponceau : gare à la fâcheuse congestion, jeune homme ! Il reste muet, et son embarras m’amuse. D’un air innocent, je m’assieds à demi sur le bras d’un fauteuil — posture qui fait valoir les hanches et la ligne courbe de la jambe ; je croise les mains sur mon genou et je penche un peu le buste, — ce qui creuse mon décolleté et découvre la poitrine ; je baisse la tête, pensive, pour montrer ma nuque blanche et ronde où frisottent des mèches blondes.

Julien est debout derrière moi. Soudain, la sensation d’un baiser violent me brûle le cou,