Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/64

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la campagne qui environne Schweinfurt, me crispent les nerfs à force de monotonie. J’aspire au mouvement de l’avenue des Champs-Élysées, quand je contemple ces plaines mornes et paisibles qui m’évoquent les purées d’épinards que tu émiettes d’une fourchette négligente… Ma Nicole, comme ils sont laids, tous les endroits où je me trouve sans toi !… Je m’arrête, car je tomberais dans ces fadeurs exaltées et sentimentales qui te déplaisent ; et j’embrasse ta nuque blonde, le petit creux de l’épaule dont l’odeur m’affole, et toute cette Nicole dont j’ai sur moi le portrait en miniature caché dans le boîtier de mon chronomètre, — ce pourquoi je regarde si souvent l’heure. Adieu, ma chérie.

» PAUL. »

Je relis cette lettre de Paul Bernard dans la voiture qui me conduit rue de Solférino. L’homme — même le plus intelligent — ne sait jamais mener la femme qu’il aime… Paul eut cette chance rare de rencontrer en moi une maîtresse ennemie du mensonge, de la duplicité, des petites fourberies où nos esprits féminins aiment à s’entortiller. Je lui disais tout —