Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/65

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moins par goût de la vérité que par la paresse d’inventer des fables compliquées. Je viens encore de lui raconter une aventure qu’il eût ignorée si je l’eusse voulu. Et il répond à ma confiance en m’écrivant peureusement : « Ne va pas chez Léon Brochard, surtout !… Promets-le moi ! » ainsi que l’on intime une défense craintive à une amante légère dont on redoute les escapades !…

La lettre de Paul m’a profondément froissée : son affectuosité apparente dissimule tant de doute injuste… Et Paul n’a pas le droit de douter d’une amie de cinq ans qu’il exhibe comme sa maîtresse et qui se comporte comme sa femme, après s’être offerte à lui, jeune fille.

Résultat : une envie malsaine de revoir Brochard m’a envahie durant la lecture de cette lettre… tel, quand j’étais petite, me prenait le désir de manger en cachette — rien que parce qu’on me l’avait interdit — des confitures que je n’aimais pas… Adam, Adam, que ta maladroite autorité nous fait souvent reperdre l’Éden !

Hier encore, Léon Brochard était, à mes yeux, un personnage — considérable, certes — mais dont l’attitude impertinente, d’une part, le rôle