Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/71

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


malgré son réel désir : sa joie, comblée trop vite, en devient importune… La promptitude nous semble si naturellement l’effet du malheur, que lorsqu’une veine imprévue choit sur notre tête, nous la recevons comme une tuile, — d’instinct.

Léon Brochard rentre peu après, le visage épanoui, le nœud de cravate refait, et vaporisé d’un parfum discret. Il s’assied à côté de moi, sur un pouf. Je dis :

— Comme je vous ai dérangé !… Vous n’êtes pas loin de maudire mes lubies, hein ?

— Coquette ! proteste-t-il, je me demande au contraire à quel heureux hasard je dois l’aubaine de votre visite, car je n’ose croire que, moi seul… Allons, avouez-le, vous vous êtes disputée avec votre amant, c’est ça ?

— Mon amant… Il est en voyage depuis quinze jours.

— Alors, vous êtes venue… vraiment, pour venir ? Sans autre raison ? Merci, je suis content.

Il se rapproche, avance une main prudente dans ma direction, et murmure de sa voix caressante : « Nicole… Nicole… » Ses yeux luisants et sa moustache hérissée lui font une tête de chat émoustillé. Je souris, énervée. Ces