Page:Marais - Nicole, courtisane.djvu/85

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m’apportent leurs économies touchantes et dérisoires : c’est pour ne pas faire de dupes que je vais être dupé… et par-dessus le marché traité d’escroc. Que voulez-vous ! Une pitié tardive, depuis que je suis millionnaire, m’incline à épargner ceux qui, tels que moi, sortent du ruisseau ; je me rappelle mes tristes débuts, et l’apport modeste des petites gens me bâillonne là où la commandite d’un gros financier n’éveillerait point mes scrupules… J’ai le bon droit de mon côté ? Qu’importe, si je ne suis le plus fort ! La Justice est une dame rigide et probe, mais aveugle ; si elle pèse nos consciences, nos actes, avec équité, elle ne s’aperçoit pas que l’on met souvent de faux poids dans sa balance… D’ailleurs qui me croira ? Ma réputation d’habile financier se lève contre moi, dès que je m’affirme loyal et trompé ; vous même…

— Moi, Landry, je ne vous trouve ni assez clair, ni assez explicite…

— Chère amie, je n’oublie pas que je parle à une femme : quand je vous expose mes ennuis dans leurs grandes lignes, vous saisissez déjà difficilement ; si je vous racontais l’affaire avec ses détails, d’une manière technique, finan-