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CONTES POPULAIRES

d’elle au moulin, et la fabrique ne manque pas d’ouvrières.

— C’est parce qu’il y a peu d’ouvrage et beaucoup d’ouvriers, dit John.

— C’est assez dit, s’écria sa femme impatientée ; je me soucie bien de cela ! Ce que je te demande, c’est comment je dois faire pour avoir du pain pour tous nos enfants ? »

Mais John répondit, avec un soupir, que c’était plus qu’il n’en pouvait savoir.

« Tu pourrais du moins m’en dire la cause ?

— Oh ! rien n’est plus aisé : c’est qu’il y a peu de pain et beaucoup de bouches à nourrir.

— Et quel est le remède ?

— C’est une question difficile, femme ; maintenant que nous avons ces enfants, il faut faire de notre mieux et diviser entre eux le peu que nous possédons ; mais si notre famille était moins nombreuse, nous serions bien plus à l’aise. Regarde le voisin Fairburn, chez lui on ne manque de rien.

— Oh ! c’est vrai, répliqua madame Hopkins. Sa fille Souki était à l’église dimanche en jolie robe de coton, et je n’ai pu m’empêcher de lui jeter un coup d’œil d’envie en la comparant aux guenilles raccommodées de mes pauvres enfants. Et cependant je me rappelle que Patty, lorsqu’elle était toute petite, portait d'aussi jolies robes que Souki Fairburn ; mais les temps sont bien changés.

— Pour ce qui est de cela, tu te trompes, dit John ; le coton est beaucoup meilleur marché à présent qu’il ne l’était alors : mais tu as eu treize enfants depuis Patty, et il ne faut pas t’étonner si tu ne peux lui acheter aussi souvent des robes neuves, quoique le prix du coton ait baissé de moitié. Lorsque nous n’avions que trois enfants, nous vivions aussi bien que notre voisin Fairburn, car il en a trois aussi, et nous gagnons autant l’un que l’autre ; mais partager ses gages entre trois ou entre seize, c’est bien différent.

— Mais tu sais, John, que nous n’en avons jamais eu seize de vivants à la fois, ni près de là.

— C’est vrai ; et s’il en est mort plusieurs, c’est une preuve que nous en avions plus que nous n’en pouvions élever. Si nous ne nous étions mariés qu’à l’époque ou Fairburn et sa femme l’ont fait, nous n’aurions pas une famille si nombreuse. »

La bonne femme, qui ne pouvait pas souffrir la moindre réflexion