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CONTES POPULAIRES

effet, refusé mes pennys et mes schellings : les Français veulent être payés en sols et en francs, et les Espagnols en dollars.

— Et comment faisiez-vous, demanda John, pour payer ce que vous achetiez ?

— J’allais chez le changeur, qui me donnait contre ma monnaie anglaise, celle en cours dans le pays où je me trouvais ; mais cet échange était facile à faire, vu que j’avais peu d’argent à dépenser.

— Et ceux qui font venir des marchandises françaises, ils ne peuvent en acquitter le paiement de cette manière ?

— Mais je pense, répliqua John, que si les fabricants français ne reçoivent pas notre argent, ils en reçoivent la valeur ; et cela revient au même.

— Qu’entendez-vous, mon père, par la valeur de l’argent ?

— Quelque chose d’équivalent, des marchandises, par exemple. Lorsque je fus voir ton frère Dick à Leeds, où il travaillait dans une fabrique de draps, je me souviens que j’y vis une pile de pièces de draps de goûts très-variés ; Dick me dit qu’elles étaient destinées pour l’étranger, et qu’ils avaient beaucoup d’autres commandes du même genre ; ce qui faisait qu’ils avaient besoin d’un plus grand nombre d’ouvriers qu’à l’ordinaire, et qu’ainsi je pouvais lui envoyer un de ses frères au printemps, parce qu’il était certain de lui trouver de l’occupation. Comprends-tu maintenant, Tom, comment nous payons les marchandises françaises ? c’est marchandises contre marchandises.

— Oui, dit Tom ; c’est comme si j’échangeais ma toupie contre la bille de Harry Fairburn. Et nous envoient-ils autant de marchandises que nous leur en fournissons ?

— Quant à cela, comme le drap fin est plus lourd que la soierie et les dentelles, nos ballots sont sans doute plus gros que ceux que nous recevons ; mais leur valeur est équivalente, car nous ne serions pas si sots que de donner plus que nous ne recevons.

— Alors, reprit Tom, s’ils travaillent autant pour nous que nous pour eux, ce n’est qu’un échange dont personne ne doit souffrir.

— Et n’as-tu pas entendu, s’écria sa mère, que Nancy sera peut-être renvoyée de la fabrique de Nottingham, à cause de la quantité de rubans français que l’on apporte ici ?

— Mais, ma mère, mon père vient de dire que je serai bientôt admis à Leeds dans la fabrique où travaille mon frère ; et pourquoi