Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/104

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A l'heure, il meist sa cappe à l'entour de son bras et son espée nue en la main, et alla ouvrir la porte, pour veoir de plus près les espées dont il oyoit le bruict. Et quant elle fut ouverte, il veit deux chamberieres, qui, avecq deux espées en chascune main, lui faisoient ceste alarme, lesquelles luy dirent: "Monsieur, pardonnez-nous, car nous avons commandement de nostre maistresse de faire ainsi, mais vous n'aurez plus de nous d'autres empeschemens." Le gentil homme, voyant que c'estoient femmes, ne leur sceut pis faire que, en les donnant à tous les diables, leur fermer la porte au visaige; et s'en alla le plus tost qu'il luy fut possible coucher avecq sa dame, de laquelle la paour n'avoit en rien diminué l'amour; et, oblyant lui demander la raison de ces escarmouches, ne pensa que à satisfaire à son désir. Mais, voyant que le jour approchoit, la pria de luy dire pourquoy elle luy avoit faict de si mauvais tours, tant de la longueur du temps qu'il avoit actendu, que de ceste derniere entreprinse. Elle, en riant, lui respondit: "Ma deliberation estoit de jamais n'aymer; ce que depuis ma viduité j'avois très bien sceu garder; mais vostre honnesteté, dès l'heure que vous parlastes à moy au festin, me feyt changer propos et vous aymer autant que vous faisiez