Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/119

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que, s'il la gardoit à jamays, elle l'aymeroit parfaictement, et que, s'il y falloit, il estoit seur de ne l'avoir de sa vie: c'est qu'elle estoit contante de parler à luy, dans ung lict, tous deux couchés en leurs chemises, par ainsy qu'il ne luy demandast riens davantaige, sinon la parolle et le baiser. Luy, qui ne pensoit poinct qu'il y eust joye digne d'estre accomparée à celle qu'elle luy promectoit, luy accorda. Et, le soir venu, la promesse fut accomplie; de sorte que, pour quelque bonne chere qu'elle luy feist, ne pour quelque tentation qu'il eust, ne voulust faulser son serment. Et, combien qu'il n'estimoit sa peyne moindre que celle du purgatoire, si fut son amour si grand et son esperance si forte, estant seur de la continuation perpetuelle de l'amityé que avecq si grande peyne il avoit acquise, qu'il garda sa patience, et se leva de auprès d'elle sans jamais luy faire aucun desplaisir. La dame, comme je croys, plus esmerveillée que contente de ce bien, soupsonna incontinant, ou que son amour ne fust si grande qu'elle pensoit, ou qu'il eut trouvé en elle moins de bien qu'il n'estimoit, et ne regarda pas à sa grande honnesteté, patience et fidelité à garder son serment.

Elle se delibera de faire encores une autre preuve de l'amour qu'il luy portoit, avant que tenir sa