Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/137

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diacre sailloient du revestiaire pour venir au grand autel, son pauvre serviteur, qui encores n'avoit parfaict l'an de sa probation, servoit d'acolite, portoit les deux canettes en ses deux mains couvertes d'une thoile de soye; et venoit le premier, ayant les oeilz contre terre. Quand Poline le veid en tel habillement où sa beaulté et grace estoient plustost augmentées que diminuées, fut si esmue et troublée, que, pour couvrir la cause de la couleur qui luy venoit au visaige, se print à toussy. Et son pauvre serviteur, qui entendoit mieulx ce son-là que celluy des cloches de son monastere, n'osa tourner sa teste, mais, en passant devant elle, ne peut garder ses oeilz qu'ilz ne prinssent le chemin que si longtemps ilz avoient tenu. Et, en regardant piteusement Poline, fut si saisy du feu qu'il pensoit quasi estainct, qu'en le voulant plus couvrir qu'il ne vouloit, tomba tout de son hault à terre devant elle. Et la craincte qu'il eut que la cause en fust congneue luy feit dire que c'estoit le pavé de l'eglise qui estoit rompu en cest endroict. Quant Poline congneut que le changement de l'habit ne luy pouvoit changer le cueur, et qu'il y avoit si longtemps qu'il s'estoit randu, que chacun excusoit qu'elle l'eust oblyé, se delibera de mectre à execution le desir qu'elle avoit eu de rendre la fin de leur amityé semblable en habit, estat et