Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/160

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ceulx qui en parlent, de me consoler avecq luy de mes ennuyctz?" La pauvre vielle, qui aymoit sa maistresse plus qu'elle-mesmes, luy dist: "Ma damoiselle, je voy bien que vous dictes la verité, et que vous estes traictée de pere et de maistresse autrement que vous ne le meritez. Si est-ce que, puis que l'on parle de vostre honneur en ceste sorte, et fust-il vostre propre frere, vous vous debvez retirer de parler à luy." Rolandine luy dist, en pleurant:"Ma mere, puisque vous le me conseillez, je le feray; mais c'est chose estrange de n'avoir en ce monde une seulle consolation!" Le bastard, comme il avoit accoustumé, la voulut venir entretenir, mais elle luy declara tout au long ce que sa gouvernante luy avoit dict et le pria, en pleurant, qu'il se contentast pour ung temps de ne luy parler poinct jusques ad ce que ce bruict fust ung peu passé; ce qu'il feyt à sa requeste.

Mais, durant cest esloignement, ayans perdu l'un et l'autre leur consolation, commencerent à sentir ung torment qui jamais de l'un ne l'autre n'avoit esté experimenté. Elle ne cessoit de prier Dieu et d'aller en voyage, jeusner et faire abstinence. Car cest amour, encores à elle incongneu, luy donnoit une inquietude si grande, qu'elle ne la laissoit une seulle heure reposer. Au bastard de bonne maison