Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/165

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bien que en ma jeunesse j'eusse peu avoir. Mais, à fin que vous congnoissez que l'amityé que je vous porte est fondée sur la vertu et sur l'honneur, vous me promectrez que, si j'accorde ce mariage, de n'en pourchasser jamais la consommation, que mon pere ne soit mort ou que je n'aye trouvé moyen de le y faire consentir." Ce que luy promist voluntiers le bastard; et, sur ces promesses, se donnerent chascun ung anneau en nom de mariaige, et se baiserent en l'eglise devant Dieu, qu'ilz prindrent en tesmoing de leur promesse; et jamays depuis n'y eut entre eulx plus grande privaulté que de baiser.

Ce peu de contentement donna grande satisfaction au cueur de ces deux parfaictz amans, et furent ung temps sans se veoir, vivans de ceste seureté. Il n'y avoit gueres lieu où l'honneur se peust acquerir, que le bastard de bonne maison n'y allast avecq ung grand contentement, qu'il ne povoit demeurer pauvre, veu la riche femme que Dieu luy avoit donnée; laquelle en son absence conserva si longuement ceste parfaicte amityé, qu'elle ne tint compte d'homme du monde. Et, combien que quelques ungs la demandassent en mariage, ilz n'avoient neantmoins autre response d'elle, sinon que, depuis qu'elle avoit tant demeuré sans estre mariée, elle ne vouloit jamais l'estre. Ceste response fut entendue de tant de gens,