Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/170

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Royne y meist, il n'estoit sepmaine qu'elle n'eust deux fois de ses nouvelles.

Et quant le moyen des religieux dont il s'aydoit fut failly, il luy envoyoit ung petit paige habillé des couleurs, puis de l'ung puis de l'autre, qui s'arrestoit aux portes où toutes les dames passoient, et là bailloit ses lettres secretement parmy la presse. Ung jour, ainsy que la Royne alloit aux champs, quelcun qui recongneut le paige, et qui avoit la charge de prendre garde en ses affaires, courut après; mais le paige, qui estoit fin, se doubtant que l'on le cerchoit, entra en la maison d'une pauvre femme qui faisoit sa potée auprès du feu, où il brusla incontinant ses lectres. Le gentilhomme, qui le suyvoit, le despouilla tout nud, et cherchea par tout son habillement, mais il n'y trouva riens; parquoy le laissa aller. Et, quant il fut party, la vieille luy demanda pourquoy il avoit ainsy cherché ce jeune enfant. Il luy dist: "Pour trouver quelques lectres que je pensois qu'il portast. - Vous n'aviez garde, dist la vieille, de les trouver, car il les avoit bien cachées. - Je vous prie, dist le gentil homme, dictes-moy en quel endroict c'est?" esperant bientost les recouvrer. Mais, quant il entendit que c'estoit dedans le feu, congneut bien que le paige avoit esté plus fin que luy; ce que incontinant alla racompter à la Royne.