Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/174

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que de desplaisir de la veoir faillir, luy respondit, d'un visaige aussi joyeulx et asseuré, que la Royne monstroit le sien troublé et courroucé: "Madame, si vous ne congnoissiez vostre cueur tel qu'il est, je vous mectrois au devant la mauvaise volunté que de long temps vous avez portée à Monsieur mon pere et à moy; mais vous le sçavez si bien que vous ne trouverez poinct estrange, si tout le monde s'en doubte; et quant est de moy, Madame, je m'en suis bien apparceuse à mon plus grand dommaige. Car, quant il vous eust pleu me favoriser, comme celles qui ne vous sont si proches que moy, je feusse maintenant mariée autant à vostre honneur que au myen; mais vous m'avez laissée comme une personne du tout oblyée en vostre bonne grace, en sorte que tous les bons partiz que j'eusse sceu avoir me sont passez devant les oeilz, par la negligence de Monsieur mon pere et par le peu d'estime que vous avez faict de moy: dont j'estois tumbée en tel desespoir, que, si ma santé eust pu porter l'estat de religion, je l'eusse voluntiers prins pour ne veoir les ennuictz continuelz que vostre rigueur me donnoit. En ce desespoir, m'est venu trouver celluy qui seroit d'aussy bonne maison que moy, si l'amour de deux personnes estoit autant estimé que l'anneau; car vous sçavez que son pere passeroit devant le myen.