Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/180

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Le Roy ne luy respondit riens, sinon: "M'asseurez-vous que vous l'avez espousée? - Ouy, sire, dist le bastard, par parolles, de present seulement; et s'il vous plaist, la fin y sera mise." Le Roy, baissant la teste et sans luy dire autre chose, s'en retourna droict au chasteau; et, quant il fut auprès de là, il appella le cappitaine de ses gardes et luy donna charge de prendre le bastard prisonnier. Toutesfoys ung sien amy, qui congnoissoit le visaige du Roy, l'advertit de s'absenter et de se retirer en une sienne maison près de là; et que si le Roy le faisoit chercher, comme il soupsonnoit, il luy feroit incontinant sçavoir pour s'en fuyr hors du royaulme; si aussy les choses estoient adoulcyes, il le manderoit, pour retourner. Le balstard le creut et feit si bonne diligence, que le cappitaine des gardes ne le trouva poinct.

Le Royl et la Royne ensemble regarderent qu'ilz feroient de ceste pauvre damoiselle qui avoit l'honneurl d'estre leur parente; et, par le conseil de la Royne, fut conclud qu'elle seroit renvoyée à son pere, auquel l'on manda toute la verité du faict. Mais, avant l'envoyer, feirent parler à elle plusieurs gens d'Eglise et de Conseil, luy remonstrans, puisqu'il n'y avoit en son mariage que la parolle, qu'il se povoit facilement deffaire, mais que l'un et l'autre se quictassent, ce que le Roy voulot qu'elle feit