Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/226

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


rouer, luy dist : « Ma dame, je vous supplie de regarder icy », et, sans attendre response, la meist doulcement à terre.

La chasse finée, la Royne retourna au chasteau, sans parler à Elisor, mais, après soupper, elle l’appella, luy disant qu’il estoit le plus grand menteur qu’elle avoit jamais veu, car il luy avoit promis de luy monstrer à la chasse celle qu’il aymoit le plus, ce qu’il n’avoit faict, par quoy elle avoit délibéré de ne faire jamais estime ne cas de luy.

Elisor, ayant paour que la Royne n’eust pas entendu ce qu’il luy avoit dict, lui respondit qu’il n’avoit failly à son commandement, car il luy avoit monstré non la femme seulement, mais la chose du monde qu’il aymoit le plus.

Elle, faisant la mescongneue, luy dict qu’elle n’avoit poinct entendu qu’il luy eust monstré une seule de ses femmes.

« Il est vray, ma dame, dist Elisor; mais qui vous ay je monstré en vous descendant de cheval?

— Rien, dist la Royne, sinon ung mirouer devant vostre estomach.

— En ce mirouer, madame, dist Elisor, qu’est ce que vous avez veu, » dist Elisor? — « Je n’y ay veu que moy seulle, » respondit la Royne.

Elisor luy dist : « Doncques, ma dame, pour