Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/233

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Que je n’ay eu desir de ce retour,
Fors seulement pour vous dire en ce lieu
Non ung bonjour, mais ung parfaict adieu.
Le temps m’a faict veoir amour pauvre et nu
Tout tel qu’il est et d’ont il est venu;
Et, par le temps, j’ay le temps regretté
Autant ou plus que l’avois soubhaicté,
Conduict d’amour qui aveugloit mes sens,
Dont rien de luy fors regret je ne sens.
Mais, en voyant cest amour decepvable,
Le temps m’a faict veoir l’amour veritable,
Que j’ai congneu en ce lieu solitaire,
Où par sept ans m’a fallu plaindre et taire.
J’ay par le temps congneu l’amour d’en hault,
Lequel estant congneu, l’autre deffault;
Par le temps suys du tout à luy rendu,
Et par le temps de l’autre desfendu.
Mon cueur et corps luy donne en sacrifice,
Pour faire à luy, et non à vous, service.
En vous servant rien m’avez estimé,
Et j’ay le rien, en offensant, aimé.
Mort me donnez pour vous avoir servie;
En le fuyant il me donne la vie.
Or, par ce temps, amour, plein de bonté,
A l’autre amour si vaincu et dompté,
Que mis à rien est retourné à vent,
Qui fut pour moy trop doulx et decepvant.
Je le vous quicte et rends du tout entier,
N’ayant de vous ne de luy nul mestier,
Car l’autre amour parfaicte et pardurable
Me joinct à luy d’un lien immuable.
A luy m’en vois; là me veulx asservir,
Sans plus ne vous, ne vostre Dieu servir.
Je prends congé de cruaulté, de peine,
Et du torment, du desdaing, de la haine,