Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/243

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Vous estes si heureuse de l'avoir, que vous avez bien l'occasion d'en louer Dieu et de le bien servir et obeyr; et, en faisant du contraire, seriez bien malheureuse." En disant ces honnestes propos, s'en alla le jeune prince, et fermant la porte après soy, pour n'estre suivy au degré, entra dedans la garderobbe où, après que le mary fut endormy, se trouva la belle dame, qui le mena dedans ung cabynet le mieulx en ordre qu'il estoit possible, combien que les deux plus belles ymaiges qui y fussent estoient luy et elle, en quelques habillemens qu'ils se voulsissent mectre. Et là je ne faictz doubte qu'elle ne luy tint toutes ses promesses.

De là se retira, à l'heure qu'il avoit dict à ses gentilz hommes, lesquelz il trouva au lieu où il leur avoit commandé de l'actendre. Et, pource que ceste vie dura assez longuement, choisit le jeune prince ung plus court chemyn pour y aller, c'est qu'il passoit par ung monastere de religieux. Et, avoit si bien faict envers le prieur, que tousjours environ minuyct le portier luy ouvroit la porte, et pareillement quant il s'en retournoit. Et, pource que la maison où il alloit estoit près de là, ne menoit personne avecq luy. Et, combien qu'il menast la vie que je vous diz, si estoit-il prince craignant et aymant Dieu. Et ne falloit jamais, combien que à l'aller il ne s'arrestast poinct, de demorer,