Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/263

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Et là entendit que le Roy son frere s'en vouloit aller à Oly et Taffares; et, pensant que le voiage seroit long, entra en une grande tristesse, qui le mist jusques à deliberer d'essayer, avant partyr, si la saige dame luy portoit poinct meilleure volunté qu'elle n'en faisoit le semblant. Et s'en alla loger en une maison de la ville, en la rue où elle estoit, et print ung logis viel, mauvais et faict de boys, ouquel, environ minuyct, mist le feu: dont le bruyct fut si grand par toute la ville, qu'il vint à la maison du riche homme, lequel, demandant par la fenestre où c'estoit qu'estoit le feu, entendit que c'estoit chez monseigneur d'Avannes, où il alla incontinant avecq tous les gens de sa maison; et trouva le jeune seigneur tout en chemise en la rue, dont il eut si grand pitié, qu'il le print entre ses bras, et, le couvrant de sa robbe, le mena en sa maison le plus tost qu'il luy fut possible; et dist à sa femme qui estoit dedans le lict: "M'amye, je vous donne en garde ce prisonnier, traictez-le comme moy-mesmes." Et, si tost qu'il fut party, ledict seigneur d'Avannes, qui eust bien voulu estre traicté en mary, saulta legierement dedans le lict, esperant que l'occasion et le lieu aussy feroient changer propos à ceste saige dame; mais il trouva, le contraire, car, ainsy qu'il saillit d'un costé dedans le lict, elle sortit de l'autre; et print son chamarre, duquel estant