Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/314

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En bonne foy, Geburon, dit Oisille, voylà ung amour qui se debvoit nommer cruaulté? - Je m'esbahys, dist Simontault, comment il eut la patience, la voyant en chemise et ou lieu où il en povoit estre maistre, qu'il ne la print par force. - Il n'estoit friant, dist Saffredent, mais il estoit gourmant, car, pour l'envye qu'il avoit de s'en souller tous les jours, il ne se voulloit poinct amuser d'en taster. - Ce n'est poinct cela, dist Parlamente, mais entendez que tout homme furieux est tousjours paoureux, et la craincte qu'il avoit d'estre surprins et qu'on lui ostast sa proye, lui faisoit emporter son aigneau, comme ung loup sa brebis, pour la menger à son ayse. - Toutesfois, dist Dagoucin, je ne sçaurois croyre qu'il ne luy portast amour, et aussy que, en ung cueur si villain que le sien, ce vertueux dieu n'y eust sceu habiter. - Quoy que soit, dist Oisille, il en fut bien pugny. Je prie à Dieu que de pareilles entreprinses puissent saillir telles pugnitions. Mais à qui donnerez-vous vostre voix? - A vous, Madame, dist Geburon: vous ne fauldrez de nous en dire quelque bonne. - Puis que je suys en mon ranc, dist Oisille, je vous en racompteray une bonne, pour ce qu'elle est advenue de mon temps et que celluy-mesmes qui l'a veue me l'a comptée. Je suis seure que vous ne ignorez poinct que la fin de tous noz malheurs est la mort, mays, mectant fin à nostre malheur, elle se peut nommer notre felicité et seur repos. Le malheur