Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/324

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que puisse faire une femme après ung tel mesfaict, ne sçauroit reparer son honneur? - Je vous prye, dist Ennasuitte, dictes-moy si la Magdelaine n'a pas plus d'honneur entre les hommes maintenant, que sa sœur qui estoit vierge? - Je vous confesse, dist Longarine, qu'elle est louée entre nous de la grande amour qu'elle a portée à Jesus Christ; et de sa grand penitence; mais si luy demeure le nom de Pecheresse. - Je ne me soulcie, dist Ennasuitte, quel nom les hommes me donnent, mais que Dieu me pardonne et mon mary aussy. Il n'y a rien pourquoy je voulsisse morir. - Si ceste damoiselle aymoit son mary comme elle debvoit, dist Dagoucin, je m'esbahys comme elle ne mouroit de deuil, en regardant les oz de celluy, à qui, par son peché, elle avoit donné la mort. - Cependant, Dagoucin, dist Simontault, estes-vous encores à sçavoir que les femmes n'ont amour ny regret? - Je suis encores à le sçavoir, dist Dagoucin, car je n'ay jamais osé tenter leur amour, de paour d'en trouver moins que j'en desire. - Vous vivez donc de foy et d'esperance, dist Nomerfide, comme le pluvier, du vent? Vous estes bien aisé à nourrir! - Je me contente, dist-il, de l'amour que je sens en moy et de l'espoir qu'il y a au cœur des dames, mais, si je le sçavois, comme, je l'espere, j'aurois si extresme contentement, que je ne le sçaurois porter sans mourir. - Gardez-vous bien de la peste, dist Geburon,