Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/353

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Madame, respondit Parlamente, il y a assez d'hommes estimez hommes de bien; mais estre homme de bien envers les dames, garder leur honneur et conscience, je croy que de ce temps ne s'en trouveroit point jusques à ung; et celles qui se fient, le croyant autrement, s'en trouvent enfin trompées, et entrent en ceste amityé de par Dieu, dont bien souvent ilz en saillent de par le diable; car j'en ay assez veu, qui, soubz couleur de parler de Dieu, commençoient une amityé, dont à la fin se vouloient retirer, et ne povoient, pour ce que l'honneste couverture les tenoit en subjection; car une amour vitieuse, de soy-mesmes, se defaict, et ne peut durer en ung bon cueur; mais la vertueuse est celle qui a les liens de soie si desliez, que l'on en est plus tost prinst que l'on ne les peut veoir. - Ad ce que vous dictes, dist Ennasuitte, jamais femme ne vouldroit aymer homme. Mais vostre loy est si aspre qu'elle ne durera pas. - Je le sçay bien, dist Parlamente, mais je ne lairray pas, pour cella, desirer que chascun se contantast de son mary, comme je faictz du mien." Ennasuitte, qui par ce mot se sentyt touchée, en changeant de couleur, luy dist: "Vous debvez juger que chascun a le cueur comme vous, ou vous pensez estre plus parfaicte que toutes les autres. - Or, ce dist Parlamente, de paour d'entrer en dispute, sçachons à qui Hircan donnera sa voix. - Je la donne, dist-il, à Ennasuitte, pour la recompenser contre ma femme. - Or, puisque je suis en mon rang, dist Ennasuitte, je n'espargneray homme ne femme, afin de faire tout