Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/361

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estiment ces pechez-là facilles à pardonner, car je suis de leur oppinion. - Il faict bon regarder à ses parolles, dit Parlamente, devant gens si dangereux que vous; mais ce que j'ay dict se doibt entendre quant la passion est si forte, que soubdainement elle occupe tant les sens, que la raison n'y peut avoir lieu. - Aussy, dist Saffredent, je m'arreste à vostre parolle et veux par cela conclure que ung homme bien fort amoureux, quoy qu'il face, ne peult pecher, sinon de peché veniel; car je suis seur que, si l'amour le tient parfaictement lyé, jamais la raison ne sera escoutée ny en son cueur ny en son entendement. Et, si nous voulons dire verité, il n'y a nul de nous qui n'ait experimenté ceste furieuse follye, que je pense non seullement estre pardonnée facillement, mais encores je croy que Dieu ne se courrouce poinct de tel peché, veu que c'est ung degré pour monter à l'amour parfaicte de luy, où jamais nul ne monta, qu'il n'ait passé par l'eschelle de l'amour de ce monde. Car saint Jehan dict: Comment aymerez-vous Dieu, que vous ne voyez poinct, si vous n'aymez celluy que vous voyez? - Il n'y a si beau passaige en l'Escripture, dist Oisille, que vous ne tirez à vostre propos. Mais gardez-vous de faire comme l'arignée qui convertit toute bonne viande en venyn. Et si vous advisez qu'il est dangereulx d'alleguer l'Escripture sans propos ne necessité! - Appelez-vous dire verité estre sans propos ne necessité? dist Saffredent. Vous voulez doncques dire que, quant, en parlant à vous aultres incredules,