Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/367

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doit le retour de son mary, et, quant il entroyt, alloyt au devant de luy le baiser et luy portoit ung bassin et de l’eaue pour laver ses mains. Luy, estonné de ceste nouvelle façon, luy dict qu’il ne venoyt que du retraict et que pour cela n’estoyt mestier qu’elle se levast. À quoy elle respondit que, combien que ce n’estoit pas grand chose, si estoit il honneste de laver ses mains quant on venoit d’un lieu ord et salle, desirant par là luy faire congnoistre et abhominer sa meschante vie. Mais pour cela il ne s’en corrigeoit poinct, et continua ladicte dame bien ung an ceste façon de faire.

Et, quant elle veid que ce moien ne luy servoyt de rien, ung jour, actendant son mari qui demeuroyt plus qu’il n’avoyt de coustume, lui print envye de l’aller chercher, et tant alla de chambre en chambre qu’elle le trouva couché en une arrière garde-robbe et endormy avecq la plus layde, orde et salle chamberière qui fût léans. Et lors se pensa qu’elle luy apprendroit à laisser une si honneste femme pour une si salle et orde, print de la paille et l’aluma au milieu de la chambre; mais, quant elle veid que la fumée eust aussy tost tué son mary que esveillé, le tira par le bras, en cryant : « Au feu ! Au feu ! » Si le mary fut honteux et marry, estant trouvé par une si honneste femme avecq une telle ordure, ce n’estoit pas sans grande occasion. Lors sa femme luy dist : « Monsieur, j’ay essayé,