Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/368

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ung an durant à vous retirer de ceste malheurté par doulceur et patience, et vous monstrer que en lavant le dehors vous deviez nectoier le dedans; mais, quant j’ay veu que tout ce que je faisoys estoit de nulle valleur, j’ay mis peyne de me ayder de l’élément qui doibt mectre fin à toutes choses, vous asseurant, Monsieur, que si ceste cy ne vous courrige, je ne sçay si une seconde fois je vous pourrois retirer du dangier comme j’ai faict. Je vous supplie de penser qu’il n’est plus grand désespoir que l’amour et, si je n’eusse eu Dieu devant les yeus, je n’eusse poinct enduré ce que j’ai faict. »

Le mary, bien ayse d’en eschapper à si bon compte, luy promist jamais ne luy donner occasion de se tormenter pour luy, ce que très voluntiers la dame creut et, du consentement du mary, chassa dehors ce qu’il luy desplaisoyt. Et depuis ceste heure là, vesquirent ensemble en si grande amityé que mesmes les faultes passées par le bien qui en estoyt advenu leur estoyt augementation de contentement.

« Je vous supplie, mes dames, si Dieu vous donne de telz mariz, que vous ne vous desespériez poinct jusques ad ce que vous ayez longuement essayé tous les moiens pour les réduire, car il y a vingt quatre heures au jour èsquelles l’homme peult changer d’oppinion, et une femme se doibt tenir plus heureuse d’a-