Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/370

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


merfide, d’aller mectre le feu soubz le lict où son mary dormoyt ?

— Ouy, dist Longarine, car, quant elle veid la fumée, elle l’esveilla, et par aventure, ce fut où elle feyt plus de faulte, car de telz mariz que ceulx-là les cendres en seroient bonnes à faire la buée.

— Vous estes cruelle, Longarine, ce dist Oisille; mais si n’avez vous pas ainsi vescu avecq le vostre.

— Non, dist Longarine, car, Dieu mercy, ne m’en a pas donné l’occasion, mais de le regreter toute ma vie en lieu de m’en plaindre.

— Et si vous eust esté tel, dist Nomerfide, qu’eussiez-vous faict ?

— Je l’aymois tant, dist Longarine, que je croy que je l’eusse tué et me fusse tuée, car morir après telle vengeance m’eust esté chose plus agréable que vivre loyaulment avecq un desloyal.

— Ad ce que je voy, dist Hircan, vous n’aymez vos mariz que pour vous. S’ils vous sont selon vostre desir, vous les aymez bien et, s’ilz vous font la moindre faulte du monde, ilz ont perdu le labeur de leur sepmaine pour ung sabmedy. Par ainsy voulez vous estre maistresses, dont quant à moy j’en suis d’oppinion, mais que tous les mariz s’y accordent.

— C’est raison, dist Parlamente, que l’homme nous gouverne comme nostre chef, mais non pas qu’il nous abandonne ou traicte mal.

— Dieu a mis si bon ordre, dist Oisille, tant à l’homme que à la femme, que, si l’on n’en abbuse, je tiens mariage le plus beau et le plus seur estat qui soyt au monde, et suy seure que tous ceulx qui sont icy, quelque mine qu’ils en facent, en pensent au-