Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/47

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sa conscience et avoit espousé une femme trop proche son alliée, pource qu'elle estoit riche, combien qu'elle fust layde et vielle et qu'il ne l'aymast poinct; et, après avoir tiré tout son argent, s'en estoit allé sur la marine chercher ses advantures et avoit tant faict par son labeur, qu'il estoit venu en estat honorable. Mais, depuis qu'il avoit eu congnoissance d'elle, elle estoit cause, par ses sainctes parolles et bon exemple, de luy avoir faict changer sa vie, et que du tout se deliberoit, s'il povoit retourner de son entreprinse, de mener son mary et elle en Jerusalem, pour satisfaire en partie à ses grandz pechez où il avoit mis fin, sinon que encores n'avoit satisfaict à sa femme à laquelle il esperoit bientost se reconcilier. Tous ses propos pleurent à ceste dame, et surtout se resjouyst d'avoir tiré ung tel homme à l'amour et craintcte de Dieu. Et, jusques ad ce qu'il partist de la court, continuerent tous les soirs ces longs parlemens, sans que jamais il ausast declarer son intention. Et luy fit present de quelque crucifix de Nostre Dame de Pitié, la priant que en le voyant elle eust tous les jours memoire de luy.

L'heure de son partement vint, et,quant il eut prins congé du mary, lequel s'endormyt, il vint dire adieu à sa dame, à laquelle il veid les larmes aux oeilz pour l'honneste amityé qu'elle luy portoit,