Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/59

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nommé Jehan, plus que soy-mesme, le propre jour que les deux gentils hommes furent tuez, vint dire à sa maistresse, qu'elle avoit vu en songe celluy qu'elle aymoit tant, vestu de blanc, lequel luy estoit venu dire adieu, et qu'il s'en alloit en paradis avecq son cappitaine. Mais, quant elle sceut que son songe estoit veritable, elle feyt un tel deuil, que sa maistresse avoit assez à faire à la consoler. Au bout de quelque temps, la court alla en Normandye, d'où estoit le gentil homme, la femme duquel ne faillyt de venir faire la reverence à madame la Regente. Et, pour y estre presentée, s'addressa à la dame que son mary avoit tant aymée. Et, en actendant l'heure propre dedans une eglise, commencea à regretter et louer son mary, et, entre autres choses, luy dist: "Helas, ma dame! mon malheur est le plus grand qui advint oncques à femme, car, à l'heure qu'il m'aymoit plus qu'il n'avoit jamais faict, Dieu me l'a osté." Et, en ce disant, luy monstra l'anneau qu'elle avoit au doigt comme le signe de sa parfaicte amityé, qui ne fut sans grandes larmes: dont la dame, quelque regret qu'elle en eust, avoit tant d'envye de rire, veu que de sa tromperie estoit sailly ung tel bien, qu'elle ne la voulut presenter à madame la Regente,