Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/65

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parfaictement, que après sa dame c'estoit la creature du monde qu'il aymoit le plus. Le seigneur de Bonnivet, pour luy arracher son secret du cueur, faingnit de luy dire le sien, et qu'il aymoit une dame où jamais n'avoit pensé, le priant le tenir secret, et qu'ilz n'eussent tous deux que ung cueur et une pensée. Le pauvre gentil homme, pour luy monstrer l'amour reciprocque, luy vat declairer tout du long celle qu'il portoit à la dame, dont Bonnivet se vouloit venger; et, une foys le jour, se assembloient en quelque lieu tous deux, pour rendre compte des bonnes fortunes advenues le long de la journée; ce que l'un faisoit en mensonge, et l'autre en verité. Et confessa le gentil homme avoir aymé trois ans ceste dame, sans en avoir riens eu, sinon bonne parolle et asseurance d'estre aymé. Le dict de Bonnivet luy conseilla tous les moyens qu'il luy fut possible pour parvenir à son intention; dont il se trouva si bien, que, en peu de jours, elle luy accorda tout ce qu'il demanda; il ne restoit que de trouver le moyen; ce que bien tost, par le conseil du seigneur de Bonnivet, fut trouvé. Et, ung jour, avant soupper, luy dist le gentil homme: "Monsieur, je suis plus tenu à vous qu'à tous les hommes du monde, car, par vostre bon conseil, j'espere avoir ceste nuict ce que tant d'années j'ay desiré. -