Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/67

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Le dict de Bonnivet luy respondit: "Va, mon amy, Dieu te conduise; je le prie qu'il te garde d'inconvenient: si ma compaignie y sert de quelque chose, je n'espargneray riens qui soit en ma puissance." Le gentil homme le mercia bien fort, et luy dist qu'en ceste affaire il ne pouvoit estre trop seul; et s'en alla pour y donner ordre.

Le seigneur de Bonnivet ne dormit pas de son costé; et, veoyant qu'il estoit heure de se venger de sa cruelle dame, se retira de bonne heure en son logis, et se feit coupper la barbe de la longueur et largeur que l'avoit le gentil homme; aussy, se feit coupper les cheveulx, à fin que à le toucher on ne peust congnoiste leur difference. Il n'oblia pas les escarpins de feustre et le demorant des habillemens semblables au gentil homme. Et, pour ce qu'il estoit fort aymé du beau-pere de ceste femme, ne craingnit d'y aller de bonne heure, pensant que s'il estoit apperceu il yroit tout droict à la chambre du bon homme avecq lequel il avoit quelque affaire. Et, sur l'heure de minuict, entra en la maison de caste dame, où il trouva assez d'allans et de venans; mais, parmy eulx, passa sans estre congneu et arriva en la gallerye. Et, touchant les deux premieres portes, les trouva fermées, et la troisiesme non, laquelle doulcement il poussa. Et, entré qu'il