Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/92

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disant adieu, le bonnet au poing, l'ambrassa comme son grand amy. Vous povez penser ce que disoient ceulx qui avoient eu le soir de devant commission de le tuer, de veoir tant de signes d'honneur et d'amityé: chacun en parloit diversement. Ainsy se partyt le gentil homme; mais, pource qu'il n'estoit si bien garny d'argent que de beaulté, sa dame luy bailla une bague que son mary luy avoit donnée de la valleur de trois mil escuz, laquelle il engagea pour quinze cens.

Et, quelques temps après qu'il fut party, le gentil homme mary vint à la princesse maistresse de sa femme, et luy supplia de donner congé à sa dicte femme pour aller demorer quelque temps avecq une de ses seurs. Ce que la dicte dame trouva fort estrange; et le pria tant de luy dire les occasions, qu'il luy en dist ne partye, non tout. Après que la jeune maryée eut prins congé de sa maistresse et de toute la court, sans pleurer ny faire signe d'ennuy, s'en alla où son mary voulloit qu'elle fust, à la conduicte d'un gentil homme, auquel fut donnée charge expresse de la garder soigneusement; et surtout qu'elle ne parlast poinct par les chemins à celluy dont elle estoit soupsonnée. Elle, qui sçavoyt ce commandement, leur bailloit tous les jours des alarmes, en se mocquant d'eulx et de leur mauvais soing. Et, ung jour entre les autres,