Page:Marie Lenéru - La Paix.djvu/106

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jamais de la guerre, qu’elle est une fatalité humaine, qu’il n’y pourra jamais rien... (Delisle paraît distrait et ne répond pas.) À quoi penses-tu, papa ?


Delisle

Je pense à un homme de jadis, à un diplomate bien connu pour être une forte tête et un homme d’esprit. À celui-là, la survivance de la guerre dans nos sociétés modernes semblait tellement incompréhensible, qu’il y voyait un miracle, une volonté formelle de la Providence, un dessein d’imposer au monde les libations sanglantes du rachat, et, trop profond pour juger la guerre une fatalité humaine, il ne pouvait y voir qu’une fatalité divine.


Jean

Vous parlez de Joseph de Maistre ?


Delisle, railleur.

Ainsi, mon petit, tu peux y aller carrément. Défroque-toi, jette la tunique aux orties… La guerre, la guerre moderne, qui n’a aucun rapport avec celles du passé, cette guerre-là n’est pas humaine, il n’y a que les imbéciles pour le croire ! … Les scandaleux étourneaux qui, sans le savoir, insultent