Page:Marie de France - Poésies, éd. Roquefort, I, 1820.djvu/493

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LAI D’ELIDUC.

Bon dieu, dit-elle, j’ai dormi bien long-temps. La dame au comble de la joie de voir la jeune personne rendue à la vie, remercia le ciel de cette faveur. Mon amie, lui demanda-t-elle, quel est votre nom, votre famille ? Dame, répondit la pucelle, je suis la fille d’un roi du pays de Logres. J’aimai le chevalier Eliduc qui étoit au service de mon père ; il m’a emmenée avec lui et j’ai commis une grande faute, puisqu’il m’a trompée en me cachant avec soin qu’il avoit une épouse. Quand j’ai appris cette fâcheuse nouvelle, je suis tombée sans connoissance. Quel mal il m’a fait ! Après m’avoir trahie, il m’abandonne dans un pays étranger. Ah ! qu’une femme est donc folle de se fier aux promesses des hommes ! Belle amie, dit la dame, rien au monde ne causera plus de joie au chevalier que la nouvelle de votre retour à la vie. Depuis qu’il vous croit morte il se désole ; chaque jour il vient vous visiter, et il est loin de s’attendre à vous trouver vivante. C’est moi qui suis sa femme, et je ne puis vous exprimer la douleur que me cause son désespoir. Le voyant sortir cha-