Page:Marie de France - Poésies, éd. Roquefort, I, 1820.djvu/179

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LAI DU FRÊNE.

père d’une fille unique et fort riche. Cette jeune personne qui est la plus jolie du canton se nomme Coudre. Ainsi en abandonnant Frêne, vous aurez pour la remplacer Coudre ; ce dernier donne du fruit, et le Frêne n’en porte point [1]. La demande ayant été faite aux parents fut acceptée. Mais hélas ! les chevaliers ignoroient que les deux jeunes personnes étoient sœurs jumelles. Frêne étoit la malheureuse abandonnée, et sa sœur étoit destinée à devenir l’épouse de son ami. Le mariage est enfin arrêté, et dès que Frêne apprend que son ami va se marier, elle ne laisse apercevoir aucune trace de chagrin, et se dévoue aux plus rudes travaux. Elle sert son seigneur comme à l’ordinaire et prend soin de tout le monde ; aussi toutes les personnes invitées ou celles de la maison s’émerveilloient-elles de son courage et de son dévouement. Les amis de Buron s’étoient rendus au château le jour de la noce, ainsi

  1. Cette comparaison de mauvais goût dans la narration, est empruntée de l’évangile.