Page:Marivaux - La Vie de Marianne.pdf/19

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maîtres personne ne peut plus prétendre à la peinture de ces caractères tracés d’une main si ferme. Mais aussi la petite comédie de seconde main, l’esquisse qui vient après le grand tableau, voilà l’œuvre de Marivaux. Telle sera sa tentative ; et certes son œuvre a été complète, sa tentative a réussi. Ces frivoles comédiens de la Comédie-Italienne, encore tout pénétrés de la grâce italienne, encore habitués à l’improvisation de chaque jour, ces comédiennes sans prétention, doux parler, doux sourire, accueillaient avec une joie heureuse les comédies de cet inconnu qui racontait de si bonne grâce cette histoire infinie et si variée des surprises de l’amour. C’est là en effet toute la comédie de Marivaux. Il a voulu montrer, non pas les vices de l’esprit, mais les petits accidents du cœur de l’homme ou, pour mieux dire, du cœur des femmes, dont il connaissait à merveille les grâces, les ruses, les détours, les câlines coquetteries. Il s’est rappelé, et il en a fait son profit, cette charmante comédie du Dépit amoureux, à laquelle Molière revient toujours, et que Molière lui-même a copiée dans une ode d’Horace. Seulement, les querelles que les amants se font entre eux dans toutes les comédies de ce monde, charmantes et naïves disputes dans lesquelles l’amour trouve si bien son compte, dans la comédie de Marivaux elles se passent, non pas entre les deux amoureux, mais au fond du cœur de celui qui aime. Dans la comédie de Marivaux, Dorante et Sylvie ne se disputent pas à qui aimera le plus et, le mieux ; mais Dorante, mais Sylvie agitent en eux-mêmes le grand débat de savoir si en effet ce qu’ils sentent au fond de leur âme, c’est de l’amour ? Marivaux disait de ses comédies, qu’on y apprenait surtout à se méfier encore plus des tours que l’amour se joue à lui-même que des pièges qui lui