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histoire des églises et chapelles de lyon

bouchant ceux qu’elle prenait dans le clos ; c’était mettre à profit six grandes chambres et une cave dont les réparations n’auraient pas coûté plus de 1.000 livres et dont la location n’aurait pas rapporté moins de 5.000 livres annuelles ; 2° tirer un honnête gain aussi d’un emplacement loué à quatre entrepreneurs cinquante livres par an et de deux chambres qui valaient 130 livres ; 3° tirer 200 livres d’une maison que ces mêmes entrepreneurs s’étaient engagés à élever dans l’emplacement de l’ancienne Maison-Brûlée. La supérieure comptait qu’elle ajouterait facilement à ces neuf cents livres quelques rentrées des innombrables pensions dont on lui devait tout ou partie. De plus, elle avait promesse solide de neuf nouvelles pensionnaires riches, et s’apprêtait, allégua-t-elle, à recevoir neuf novices riches lorsqu’on lui lia les mains. « Depuis douze ans que Mme Guiguet est réduite à rien par la lettre de cachet, conclut le mémoire, c’est 9.600 livres que le monastère a perdus ».

Cardinal de Tencin, archevêque de Lyon.

Passons promptement sur ces misères. L’arrêt de suppression et de réunion donné en conseil d’État, en date du 11 novembre 1749, avait été, à vrai dire, très bénignement rédigé. De réunion, il n’y en eut point et la dissolution ne fut qu’une demi-dispersion à laquelle veilla la mère Guiguet elle-même, après que, le 4 avril 1753, elle eut, en conséquence de l’ordonnance rendue par le cardinal de Tencin, le 22 novembre 1752, obtenu le consentement de ses religieuses à la réquisition du promoteur. Il va sans dire que sa captivité métaphorique ne s’était pas prolongée et que la lettre de cachet n’avait eu pour effet que de la tenir éloignée de l’administration du temporel. Ce consentement « qu’elle couvrit de ses larmes » fut donné en chapitre par elle et ses religieuses. L’abbé Bron signa comme vicaire général, official, commissaire, et Navarre, comme promoteur général.

Le vicaire général, Jean-Baptiste-Marie Bron, docteur en Sorbonne, chanoine de l’église paroissiale et collégiale de Saint-Paul et officiai du diocèse, procéda, dès le lendemain, « aux formalités et informations d’extinction ». Il y employa beaucoup de douceur. Plusieurs professes restèrent à la Divine Providence. Cette fausse situation dura, non pas douze ans, comme l’écrit le mémoire, mais quinze, sans que d’ailleurs la mère Guiguet renonçât, sous l’épée de Damoclès, à rebâtir, même à bâtir à neuf, à presser des locataires encouragés par la situation à l’oubli, sinon à la mauvaise foi. Un sauveur lui vint, pour prix de sa fermeté, dans la personne du sieur Duon, « personne riche et apparentée à nombre d’ecclésiastiques », raconte un libelle justificatif des actes du monastère de la Divine Providence, daté d’avril 1759, et sans nom d’auteur. L’éloge est mince : tout