Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/151

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tantes, elle s’en fut tout droit au nouvel archevêque de Lyon, au cardinal de Bonald, qui fut très attentif à un pareil poème balbutié plutôt qu’articulé. « Ma fille, prononça-t-il en des mots concis, votre pensée est belle ; elle vient de Dieu, l’exécution en est difficile, elle viendra aussi de Dieu ; allez de l’avant et comptez sur moi. Votre œuvre s’appellera l’association des Dames du Calvaire. »

Chapelle du Calvaire.

Le Calvaire, Mme Garnier en avait déjà franchi plus d’une station. À l’incurable du début, morte après de .grandes souffrances, avaient succédé quatre affligées d’un même mal et surtout une jeune fille arrachée à un incendie au fond de la Guillotière, mais non sans preuve matérielle du sauvetage, puisqu’on l’avait surnommée Marie-la-brûlée. Elle découvrit sur la paroisse Saint-Irénée, dans une rue solitaire, une maison plus que modeste, capable de loger son cher personnel : la rue Aide-Bourse. « Bonne augure, s’écria-t-elle, nous viderons les bourses des riches pour entretenir nos clients ». Les paisibles habitants de Saint-Irénée virent arriver la caravane ; une voiture de place y suffisait. Ce qui était quasi valide descendit ; restait Marie-la-brûlée. Le cocher feignit que ses chevaux eussent besoin de tous ses services : Mme Garnier s’inclina à la portière : « Ma fille, dit-elle, prends-moi au cou de tes deux bras ; arrange-toi sur mes épaules, tu ne me pèseras pas plus qu’une plume et tu ne souffriras pas trop ». À cette vue, à ce propos, les quelques spectateurs de passage ni ne s’empressèrent, ni n’applaudirent, mais il n’y eut pas d’yeux sans larmes. Le petit cortège suivit lentement Marie-la-brûlée, en cacolet humain, moitié pleurant, moitié riant. C’était le 3 mai 1843, fête de l’Invention de la sainte Croix : Mme Garnier choisissait à merveille ses jours. L’hospice naissant se composait de quatre pièces, d’un jardin ou souillait de l’air pur ; pas d’humidité aux murs ni aux parquets. Dès la seconde année le registre, tenu par la fondatrice même, comptait dix-sept pensionnaires. Il fallut déménager : l’on s’en fut à Saint-Just, au lieu historique dit : les Bains romains.