Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/166

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histoire des églises et chapelles de lyon

négoce aussi difficile qu’étendu, car il se traitait jusqu’en Afrique et en Amérique. Dans cette circonstance elle fit preuve d’une singulière énergie pour liquider sa fortune ; elle recueillit dans son ample maison deux des familles issues de son fécond mariage faisant ainsi ses délices d’être mère et grand’mère. À cette époque elle se mêla aux infirmières qu’avait rassemblées, parmi les veuves catholiques, Mme Garnier, et elle ne tarda pas à être supérieure du Calvaire, où son éloquence et sa bonté guérissaient les consciences gâtées.

Mais son opulente nature spirituelle était guettée par la Providence pour mieux encore. « Peu de temps avant la mort du vénérable Vianney, raconte-t-elle dans son journal, je fis le pèlerinage d’Ars, non pas dans l’intention de consulter ce saint homme qui attirait les foules, mais par dévotion, pour m’édifier au spectacle de ses vertus. Lors même que j’aurais eu le désir de lui parler, la vue de la foule compacte des pèlerins m’en eût bien fait passer l’envie. Je me trouvais dans la chapelle de sainte Philomène, et je priais de tout mon cœur. On vint me frapper sur l’épaule en me disant : d Madame, monsieur le « curé vous demande. » Arrivée à son confessionnal je me mis à genoux, le cœur me battait fort. M. Vianney se mit à me parler, mais il avait la voix si faible qu’on avait peine à l’entendre et peut-être, par une permission de Dieu, il me fui impossible de saisir autre chose que ces paroles plus distinctes : « Vous aurez beaucoup à souffrir, mais un jour vous serez bien heureuse ». Désirant vivement savoir ce que je n’avais pu entendre, je le priais instamment d’avoir la bonté de me le répéter, mais il ne le voulut pas ; il me redit seulement ces mots : « Vous aurez beaucoup à souffrir, mais un jour vous serez bien heureuse ».

Le père Jean Lyonnard, Jésuite, se trouvait, la même année, au grand séminaire de Mende en qualité de père spirituel et de professeur d’éloquence. Dès 1847, tout entier à ses communications intimes avec le cœur de Jésus souffrant agonie pour ceux qui meurent sans préparation, il avait le dessein d’une confrérie, même d’une congrégation du Cœur agonisant de Jésus. Par une merveilleuse union instinctive à distance, le jour où le père Lyonnard composait une ardente prière pour les agonisants. Mme Trapadoux obtenait du cardinal de Bonald l’érection d’une chapelle dédiée à ce vocable, et entièrement construite par les soins de cette veuve chrétienne et par les quêtes heureuses qu’elle ne craignit pas de multiplier dans la ville. Le Père Lyonnard entra en commerce de lettres avec elle, discerna qu’elle était l’ouvrière de son œuvre, et en août 1839, lui lit faire à Vals une retraite où elle devint la servante du Cœur agonisant. Le 15 octobre de la même année, elle quittait Lyon avec trois compagnes.

Ses décisions n’accordaient rien aux obstacles ; elle voulait former un institut de victimes expiatrices, de religieuses cloîtrées dont la prière serait une constante oblation au Christ pour le salut des mourants : il lui paraissait qu’à la nécessité de bien vivre s’ajoutait un devoir, celui de savoir bien mourir. Mille signes intérieurs et extérieurs lui prouvèrent qu’elle avait été bien inspirée. Aussi arrangea-t-elle tant bien que mal comme couvent une maisonnette de Mende qu’elle accrut d’une chapelle ; maison et chapelle furent bénies, le 26 mars 1800, par Mgr Foulquier qui, trois jours après, donna l’habit aux quatre nouvelles religieuses.