Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/191

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saint-irénée

baron des Adrets le profanèrent et l’anéantirent en quelques jours. Leur acharnement ne connut aucun frein, ne respecta aucun objet sacré, ne s’arrêta devant aucun sentiment naturel. On détruisit pour détruire, on brisa par haine ; les fanatiques préparaient la proie aux pillards. Un poète contemporain, dans son livre les Tristes de France, De tristibus Franciæ, nous dépeint l’édifice avec ses pierres arrachées, sa toiture effondrée, ses colonnes renversées, ses autels en morceaux, ses tombeaux violés, ses châsses brisées ; les vainqueurs chargés de dépouilles et pressés de confier au Rhône le butin qu’ils ont enlevé.

Sainte Biblis et Sainte Blandine (Vitrail de L. Bégule à Saint-Irénée).}}

Les saints ossements des martyrs, arrachés à la pourpre et à l’or qui les recouvraient, devinrent des jouets pour les huguenots railleurs ; ils les jetèrent pêle-mêle sur le pavé, les piétinèrent avec mépris, s’en amusèrent avec les plaisanteries les plus cyniques et les abandonnèrent à la voirie comme des objets rebutants. Trente ans après, cette désolation n était pas encore effacée ni le désastre réparé. Un procès-verbal de 1590 nous apprend en effet que le culte n’était pas rétabli : la messe se célébrait dans une salle qui menaçait ruine, au milieu d’une pauvreté extrême.

Un prieur courageux, Claude Grolier, entreprit les restaurations les plus urgentes ; le 12 juillet 1593, il eut le bonheur de faire consacrer par le suffragant, Jacques Maistret, évêque de Damas, l’autel majeur, dans le chœur à peu près nettoyé et rétabli. Plus tard, en 16.35, il tenta de déblayer la crypte et de la remettre en état, en enlevant les décombres de toutes sortes qui la remplissaient et en consolidant ses voûtes et ses murailles. Lorsque les travaux furent terminés, il suspendit, au-dessus du puits que l’on croyait avoir été comblé avec les restes des victimes de l’empereur Sévère, une lampe perpétuellement allumée, comme le symbole d’une ère nouvelle dans l’immortalité des héroïques fondateurs de l’Église lyonnaise.

À la mort de cet homme de bien et d’initiative dont la mémoire doit échapper à l’oubli, le prieuré tomba en commande, et les cinq ou six religieux, qui le composaient, perdirent le droit d’élire leur chef. Le cardinal Alphonse de Richelieu, archevêque de Lyon, obtint le bénéfice ; ses successeurs furent l’abbé Tallemaut, membre de l’Académie française, Joachim d’Estaing, chanoine de Saint-Jean avant d’être évêque de Saint-Flour,