Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/203

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saint-just

en ducatons. Un accord avec les Frères Minimes, que nous avons publié dans l’histoire de leur couvent, laissait entendre que la collégiale quitterait la Croix de Colle à Noël 1565 ; elle entra donc à cette époque dans l’église neuve, assez avancée pour y célébrer les offices. La consécration solennelle en fut cependant retardée jusqu’au lundi-saint, 8 avril 1391 ; Mgr d’Épinac, qui s’était chargé des fonctions pontificales, choisit ce jour-là, parce qu’il était l’anniversaire de la dédicace célébrée, trois siècles et demi auparavant, par Innocent IV.

A. de La Croix, obéancier de Saint-Just (xviiie siècle).

On attendit 70 ans sans toucher aux constructions, quoiqu’elles fussent très imparfaites, privées de façade et de chevet ; on éleva alors un chœur dont le prolongement ajoutait près d’un tiers à la superficie totale de l’édifice. Les chanoines le réclamaient depuis longtemps, humiliés, disaient-ils, d’avoir à chasser des femmes agenouillées jusque dans leurs stalles, faute de place ailleurs. Le prévôt des marchands et ses collègues de l’échevinage posèrent la première pierre, le 5 avril 1662, et l’archevêque Mgr Camille de Neuville, le 23 décembre de l’année suivante, procéda à une seconde consécration générale. Les mémoires des entrepreneurs, vérifiés par Antoine du Soleil, montèrent à 24.000 livres. Pour la plus grosse part, moins le don de 3.000 livres des échevins, ils furent soldés grâce aux libéralités de l’obéancier, Mathieu Gayot. Ce prêtre de mérite et de vertu, ancien trésorier de France, protonotaire apostolique, ex-prieur de Serrières, qui s’associa à la compagnie des catéchistes-missionnaires de Saint-Michel, réserva les revenus de sa charge à cette intention et même, après son décès, survenu le 3 janvier 1664. Louis et Jacques Gayot de la Bussière, ses deux frères et ses exécuteurs testamentaires, versèrent au syndic les pensions en retard, à mesure que les débiteurs les acquittaient.

Après le chœur on entreprit le jubé, en 1666, et, après le jubé, on songea au portail en 1704. La tradition attribue la paternité de cette façade aussi élégante que correcte, à Ferdinand Delamonce, architecte célèbre dont Lyon conserve plus d’une création qui honore ses talents. Cependant c’est avec son père que le chapitre traita, le 20 août 1704, et le contrat porte en toutes lettres qu’il fournira tous les dessins jugés nécessaires et qu’il ne sera suppléé par son fils que dans le cas de maladie.. Les honoraires furent arrêtés à 200 francs, payables par versement de 25. Le cours des travaux fut interrompu par une ennuyeuse déception. Claude Vitet, un maître charpentier de la montée du Griffon, responsable de l’entreprise, après dix mois de chantier, quand il était à peine au quart de sa besogne, cessa tout à coup de paraître et, une nuit, il enleva les échafaudages et s’enfuit. Les gens de justice le découvrirent à Annecy, où il prétendit être venu pour des affaires de famille. On le condamna, mais le trésorier de Saint-Just, trop docile à ses fréquents appels de fonds, eut à se repentir d’une naïve confiance. Le monument toutefois serait demeuré imparfait, si quelque part, en évidence, on n’avait pas réservé une place aux armoiries des fondateurs, emblème héraldique ’de leur baronnie, sceau de