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histoire des églises et chapelles de lyon

ment à Lyon ; et à cet effet, le prince de Conti leur obtint des lettres patentes du roi, qui leur permettait de s’établir aussi dans le Lyonnais, à l’Île-Adam dans le diocèse de Beauvais et à Bagniol en Languedoc. L’acte archiépiscopal d’établissement, en date du 5 octobre 1661, est long et détaillé, mais n’apprend rien que nous ne sachions. Il spécifie que les missionnaires Saint-Joseph seront prêtres, et ne fixe pas de bornes étroites à leur zèle de prédicateurs et d’instituteurs du peuple de la campagne et de la ville. Il nomme les premiers membres de la congrégation ; ce sont : Claude Cochet, Claude Dufour, Pierre Togmei, François Perrillon, Jean Légeret, Gaspard-Laurent Vidonne, Joseph Fiasse, Jacques de la Chanal, Jean Angelot, Jean-Claude de Colis, Jean-Baptiste Troltet, J.-B. Piclet, Jean-Claude Colon, Gaspard Biraud, Joseph Biord, Claude Béthenod, J.-B. Michel, Aymé Caillat, Marin Décoult, André Chaton, enfin Jean Morel.

Le marquis et la marquise de Coligny fournirent généreusement aux dépenses de la fondation, et aidèrent à l’éclosion de la nouvelle légion de missionnaires qu’on appela la communauté des Pères missionnaires Saint-Joseph de Lyon. Crétenet lui donna ce nom pour marquer que l’humble vie de saint Joseph devait en être la règle et que les pauvres en devaient être l’objet.

La fin de l’existence de Crétenet ne connut plus guère d’obstacles. Il était demeuré veuf avec un fils et une fille : celle-ci parvint à une vertu éminente sous l’habit des sœurs Franciscaines du couvent Sainte-Élisabeth. Le renom de sa sainteté se répandit dans tout le royaume.

Le temps était loin où Crétenet était couvert d’épigrammes, dues non à ses ennemis, mais à des dévots restés sceptiques à une intervention aussi inattendue de Dieu et à l’humble audace du saint homme. N’avait-on pas, en façon de thème moqueur, proposé aux beaux esprits des salons moitié littéraires, moitié théologiques, à deviner les trois cas d’un gentilhomme qui faisait le catéchisme à la porte des églises ; d’un maître coutelier, qui, en aiguisant ses lames, se répandait en vives controverses contre les hérétiques ; enfin d’un chirurgien qui dirigeait des prêtres. On ne s’en était pas tenu là. La devinette changée en acte d’accusation ou de suspicion, où le nom propre n’était plus voilé, avait été offerte à l’examen d’une assemblée du clergé présidée par saint Vincent de Paul, qui connaissait et estimait fort Crétenet. Le bon monsieur Vincent ne fut pas arrêté par le problème. Il le trancha par un acte d’humilité en présence de l’illustre assemblée, et trouva sans hésitation que ces trois originaux faisaient honte aux prêtres de leur relâchement et de leur ignorance.

Crétenet consomma son originalité en recevant le sacerdoce presqu’au terme de sa vie. Les obstacles n’avaient pas manqué. Toutefois, se trouvant en prières devant le Saint Sacrement, dans l’église Saint-Romain, le 18 novembre 1665, jour de la fête de ce saint, il lui parut que Dieu le voulait prêtre. Crétenet le voulut aussi d’un irrésistible mouvement, auquel céda lentement Mgr Camille de Neuville, prélat temporisateur.

Crétenet obtint de Rome la permission de prendre les ordres hors les temps prescrits par les canons, et, d’accord avec son ordinaire, il se rendit à Belley, où étant arrivé, le 6 août 1666, il reçut, le lendemain dimanche, le sous-diaconat, et le mardi suivant, fête