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notre-dame de fourvière

intervalles aussi peu réguliers que rares. Il arriva même, par je ne sais quel insensible obscurcissement des traditions primitives, que la mémoire de saint Thomas de Cantorbéry relégua, au second plan, le patronage de la Sainte Vierge ; une relique, dont la translation donna lieu à l’établissement d’une solennité annuelle, le 7 juillet, la célébrité de pèlerinages plus anciens et plus fréquentés, comme Notre-Dame de l’Ile-Barbe, ou Notre-Dame de la Platière, d’autres causes ignorées déterminèrent les hommages vers le martyr anglo-normand, la victime d’Henri II et tendirent à absorber, autour de son culte, l’attention liturgique. On contracta l’habitude de ne plus dire que Saint-Thomas de Fourvière et les pièces protocolaires consacrèrent, momentanément au moins, cette malencontreuse abréviation. La petite chapelle, sombre et isolée sous l’étage des tire-cordes, n’eut pas, aux yeux d’un public qui cessait d’être averti, une importance supérieure aux divers autels disséminés dans la nef ; elle ne fut pas l’objet de plus de soins que les autres, celles de Sainte-Cécile ou de Sainte-Madeleine, de Saint-Jean l’Évangéliste, de Saint-Pierre ou de Saint-Nicolas.

Sceau du Chapitre en 1367.

À quel moment, cet étroit édicule, qui ne mesurait pas plus de 60 pieds carrés, sans communication directe avec le dehors, avait-il été orné d’une statue de la Très Sainte Vierge ? N’avait-on songé à l’utiliser, qu’après avoir occupé les endroits disponibles, à savoir chacun des côtés de la grille du chœur et le milieu des quatre travées centrales, au profit des bienheureux et des bienheureuses, plus spécialement chers aux particuliers, ayant manifesté l’intention de fonder des messes et des prières en leur honneur ? Est-ce qu’il se produisit des translations de vocable d’une chapelle à l’autre ? Aucune donnée ne permet de trancher le problème ; jusqu’à nouvel ordre, il est insoluble. D’une délibération, prise le décembre 1475, où l’on arrête que l’on placera des vitres aux fenêtres du clocher, sur la plainte du matriculaire et des sonneurs, incommodés par le froid, on serait tenté de conclure que cette partie du monument fut bâtie tardivement, en toute hypothèse, assez postérieurement au reste. Mais l’induction est trop fragile et, bien avant cette date, la chapelle avait reçu des dotations. Dix ans auparavant Jean Mazenod, prêtre chargé d’acquitter les messes, spécifiées par les testateurs, avait encouru par sa négligence, par les vacances interminables qu’il s’octroyait, des reproches sérieux ; après des monitions réitérées, on fut obligé de lui retirer ses lettres de provision. Précédemment encore, dans la séance du 8 juillet 1454, il est question d’une pension annuelle à la chapelle de la Bienheureuse Vierge Marie « capellæ Beatæ Mariæ Virgini, in dicta ecclesia Forverii fundatæ », Le titulaire d’une chevalerie de Saint-Jean, Jean Libralis, dit autrement Chatagnier, domicilié rue Porte-Froc, se présente et avoue tenir en dépôt de Jean Albi, notaire, bourgeois de Lyon, la somme de 100 florins, monnaie du roi, pour servir, en échange, au chapitre, une rente de 3 florins, pour laquelle le défunt s’était jadis engagé à perpétuité. En janvier 1457, Libéral renouvelle sa promesse et verse les arrérages ; mais, moins de dix ans après, tant sont caducs les fortunes et les contrats humains, ses héritiers se refusent à payer et