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histoire des églises et chapelles de lyon

à la manécanterie, dans des circonstances plus touchantes encore ; le testateur se nommait Antoine Grenier, ancien vicaire de Saint-Nizier avec M. Pascal, il avait émigré avec lui et s’était fixé à Bologne. Précepteur, chapelain du palais, quand l’éducation fut finie des deux fils, il avait résisté aux invitations les plus formelles, que le cardinal Fesch lui avait envoyées, de rentrer dans le diocèse et d’y reprendre un emploi actif ; il s’était si parfaitement acclimaté à son exil doré qu’il le subit jusqu’à sa mort, survenue le 15 mai 1824.

Mais s’il abandonna sa dépouille à un cimetière italien, son cœur n’avait point oublié sa patrie, ni l’église de son baptême et des prémices de son sacerdoce ; il institua les écoles de Saint-Nizier et de Saint-Bonaventure ses légataires universelles, prescrivit la fondation de prix et de bourses pour les élèves les plus intelligents et les plus sages, et, la fortune liquidée, les dettes courantes acquittées, les exécuteurs testamentaires transmirent 95.000 francs à partager. On ne saurait vraiment trop louer la délicatesse d’un cadeau aussi généreux, ni rappeler, avec trop de reconnaissance, le grand nombre d’étudiants qui en ont profité et sont parvenus, grâce à lui, à suivre leur vocation. Cependant par l’ironie d’une fatalité qui se joue de nos intentions les plus droites elles plus légitimes, M. Pascal ne devait pas jouir de la demeure qu’il disposait pour son clergé et pour lui ; Dieu l’appela plus tôt dans celle qu’il réserve éternellement à ses meilleurs serviteurs. Une assez courte maladie l’enleva» le 18 août 1828, vers quatre heures du soir, à la vénération et à l’affection de ses paroissiens ; ce triste événement fut considéré comme une calamité publique ; les pauvres surtout pleuraient, dans leur cher défunt, un père d’une inépuisable bonté et la voix générale le proclamait comme un modèle de toutes les vertus. Plus douloureusement atteint, le conseil de Fabrique résolut de prendre à sa charge les funérailles et de leur donner le caractère, qui convenait à une perte aussi sensible et à un deuil aussi profond. On décida, sur-le-champ, de confier à un peintre distingué, M. Jacomin, le soin de reproduire les traits du cher disparu ; d’acheter au cimetière de Loyasse une place pour son tombeau, d’y ériger un monument ; le premier vicaire, l’abbé Bertier, proposa d’y graver l’épitaphe suivante, qui fut approuvée à l’unanimité :

CI-GÎT
MESSIRE VICTOR-ANTOINE PASCAL

premier curé de saint-bonaventure,
directeur de la société des hospitaliers,
décédé le 18 août 1828, âgé de 77 ans,
inébranlable dans sa foi
tendre dans sa piété
infatigable dans son zèle,
simple dans ses mœurs
généreux dans ses bienfaits
envers les pauvres dont il fut le père
et son église dont il fut le restaurateur
tout à tous, n’oubliant que lui-même
il emporta les regrets de tous ses paroissiens
dont ce tombeau atteste la reconnaissance.