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LA LANGUE DE LA PLÉÏADE


Peut estre qu’il vaut mieux que la grosse apparence
De ces tomes entiez de gloire conuoiteux,
Qui sont fardez de mots sourcilleux et vanteux,
Empoullez et masquez, où rien ne se descœuure
Que l’arrogant jargon d’vn ambicieux œuure.


Ses doctrines étaient devenues peu à peu moins exclusives. Lui, qui dans son Art Poétique (VI, 451) recommandait de ne pas « affecter par trop le parler de la court, lequel est quelques-fois tres-mauuais pour estre le langage de Damoyselles et ieunes Gentilshommes », avait poussé au dernier degré, dans les sonnets à Hélène, les gentilles recherches de ce style affecté.

Les rangs de la Pléïade s’étaient éclaircis : Du Bellay, Jodelle, Belleau, avaient successivement disparu. Aux épanchements entre contemporains, compagnons de lutte et de travail, succédaient de graves enseignements donnés avec solennité à des disciples.

Ronsard en avait un grand nombre. Comme de nos jours à Victor Hugo, tout poète lui envoyait ses premiers vers. En ouvrant les Poësies diverses d’Agrippa d’Aubigné (III, 207), nous trouvons une pièce intitulée : Vers faits à seiz’ ans à M. de Ronsard.

« Il incitoit fort ceux qui l’alloient voir, dit Binet (Vie de Ronsard, éd. de 1623, p. 1665), et principalelement les ieunes gens qu’il iugeoit par vn gentil naturel promettre quelque fruict en la Poesie, à bien escrire, et plustost à moins et mieux faire… »

« Ie marqueray tousiours ce iour d’vn crayon bienheureux, quand ieune d’ans et d’expérience, n’ayant encore l’aage de quinze ou seize ans, après auoir sauouré tant soit peu du miel de ses escrits, l’ayant esté voir, il ne reçeut pas seulement les premices de ma Muse, mais m’incita courageusement à continuer. »

Il confiait à ses jeunes amis les craintes qu’il ressentait pour l’avenir de la poésie française. Il faut lire dans sa Vie, par Binet (édit. de 1623, p. 1658), ces plaintes